CHRONIQUE PARUE DANS ROCK & FOLK EN 1993

Ma chronique à la sortie de Phobia des Kinks

The Kinks
Phobia
Columbia

Il y a moins d'un an sortait un CD single des Kinks sur Columbia, leur nouvelle compagnie, avec (surtout) ce titre, "Did ya", et nous, les Kinks maniacs, souvent déçus mais toujours fidèles, nous exultions : une superbe chanson nostalgique sur les sixties londoniennes, parfaite, avec LE son Kinks de la grande époque, évoquant ces chef d'oeuvre que sont "Sunny Afternoon" ou "Waterloo Sunset". Les frères Davies prouvaient que quand ils voulaient... Et voici enfin l'album. On est bien obligé de reconnaître que ça n'a rien à voir. On est plus dans la continuité des albums (souvent sous-estimés) de ces quinze (déjà!) dernières années, très rock, avec de grosses guitares, qui plaisent tant aux américains, et si peu aux autres. Passé le premier moment de déception (on attend tellement d'eux), que reste-t-il? Un album assez dur et pessimiste sur le monde moderne (mais Ray fut-il jamais optimiste?), des paroles toujours justes, une profusion de guitares, donc, et puis LA voix, inimitable, qui me fait craquer à tous les coups...Bien sur, ceux qui n'ont aimé aucun album des Kinks depuis toutes ces années ont peu de chances d'apprécier celui-ci. Mais pourquoi bouder notre plaisir? Il y a ici de très bonnes choses. Quelques éclairs de génie humoristicodésespéré, des ballades amères comme on les aime ("Only a dream", "The informer"), et la chanson ultime sur l'amour-haine qui unit depuis toujours Ray et Dave : "Hatred (a duet)", un bijou, où les deux frères se partagent les couplets en s'envoyant leur venin à la tête ("la haine est la seule chose qui nous fait rester ensemble"!), sublime et jouissif de méchanceté. Un bon album de rock'n'roll, par un groupe qui, mine de rien, traverse les époques de la plus belle façon. Dignes, hautains, le sourire en coin. Anglais jusqu'au bout du médiator. Pourvu que ça ne s'arrête jamais.

L'article de Rock & Folk

L'interview intégrale