CHRONIQUES PARUES DANS LA RUBRIQUE REEDITIONS DE ROCK & FOLK

En quelques mois, j'ai chroniqué presque tous les albums de Wyatt, du moins ceux que rééditait Ryko, dans ma rubrique justement consacrée aux rééditions. C'était chouette.

A gauche, la pochette du vinyle de Rock Bottom. Si belle soit la nouvelle (ci-dessous), on a du mal à oublier l'originale qu'on a tant regardée...

 

 




Attention: chef d'oeuvre. Réédité par Ryko, sous une nouvelle pochette d'Alfreda Benge (la compagne de Wyatt), avec un texte de présentation émouvant de Robert, et, pour la première fois, les paroles des chansons (combien sommes-nous à avoir essayé de déchiffrer d'oreille la poésie surréaliste de cet album?), Rock Bottom est un monument de beauté triste ("Sea Song", magnifique), délirante et inspirée. Enregistré en 1974 alors que son auteur venait d'être paralysé des deux jambes, avec l'aide de ses vieux complices Hugh Hopper, Richard Sinclair, Mike Oldfield et quelques autres, ce disque totalement atypique a inspiré tous les bons musiciens d'hier et d'aujourd'hui, et sera toujours aussi poignant et novateur dans vingt ans. Il vous le faut. Plus qu'un CD, c'est un nouvel ami qui entrera chez vous.

Ruth Is Stranger Than Richard, de 1975 est un ton en dessous: il n'est que superbe. Oscillant entre la musique contemporaine dadaïste (la suite "Muddy Mouse" avec Fred Frith), le jazz répétitif inspiré des sud-africains Dollar Brand et Chris McGregor ("Sonia", avec le trompettiste Mongezi Feza) et le rock déjanté ("Soup Song"), cet album est le compagnon nécessaire du précédent. Et ce n'est pas fini: la suite le mois prochain. (R&F n°371)

Dans les années 80, la production de Wyatt fut étrange. Tout d'abord, il dut faire face à une sorte de blocage créatif qu'il résolut en publiant des singles de reprises aussi diverses qu'étonnantes (il avait commencé en 1974 avec "I'm a Believer" des Monkees, un de ses rares succès commercial à ce jour!): de "Biko" de Peter Gabriel à "Round Bout Midnight" de Monk, sans oublier le superbe "Shipbuilding" de Costello. Tous ces titres sont malheureusement aujourd'hui introuvables en CD. L'autre caractéristique de l'œuvre de Wyatt durant cette période fut son engagement politique total en faveur du communisme. Nothing Can Stop Us paru en 1982 reprend certains de ces singles, comme le "At Last I Am Free" de Chic ou le classique "Strange Fruit", ainsi que des chants traditionnels populaires ("Caimanera" plus connu par chez nous sous le titre "Guantanamera", ou "Red Flag"). Sur tous ces titres, la voix inimitable de Robert plane, sublime. Il pousse même sa démarche politique résolument anti-commerciale jusqu'à offrir deux plages de son album à d'autres artistes: un groupe Bengali et le poète Peter Blackman.

Enfin, en 1985 paraît le premier véritable album de Wyatt depuis Ruth... paru dix ans auparavant, Old Rottenhat entièrement écrit, joué, chanté et produit par lui-même. Disque difficile, sans apprêt aucun, dans lequel le fan se plongera avec délices, mais qui risque de rebuter le néophyte, Old Rottenhat dévoile lentement son charme, pour devenir graduellement indispensable. Qui d'autre pourrait chanter avec cette voix si aiguë et si pure sur une musique guillerette un texte qui commence par "Ils disent que la classe ouvrière est morte/ Que nous sommes maintenant tous des consommateurs"? (R&F n°372)

Dondestan (Revisited):
Cet album de 1991 souffrait, d'après Wyatt, d'un mixage trop rapide, conséquence d'un budget trop limité. Grâce à son pote Phil Manzanera qui lui prête son studio, il a remis la main à la pâte, remixé, changé l'ordre des titres, pour obtenir un résultat toujours aussi unique, original et personnel, son dernier opus avant l'excellent Shleep de l'année dernière. En prime, une plage multimédia contenant une interview de l'artiste. De quoi patienter jusqu'à la publication attendue d'un coffret annoncé, qui devrait offrir l'intégralité de ses singles en 1999. (R&F n°376)

EPs:
Sublime objet que ce coffret, illustré des dessins naïfs d'Alfreda Benge, la femme de Wyatt. Trois CD y reprennent l'intégralités de ses Eps parus entre 1974 (exceptionnelle version du "I'm A Believer" des Monkees) et 1987, soit tout ce que les rééditions précédentes des albums avaient laissé de côté. "Shipbuilding", bien sûr, ce morceau de Costello, meilleur si c'était possible que la propre version de son auteur (et en prime la vidéo du titre en partie CD-Rom), quelques classiques de jazz à tomber par terre, comme le "Round Midnight" de Monk beau à pleurer, le "Biko" de Peter Gabriel, etc… Le quatrième Cd est consacré à la musique du film Animals réalisée par Wyatt en 1982, alors que le cinquième présente quatre remixes étonnants de titres de son dernier album, Shleep. Cette musique et cette voix sont totalement indescriptibles, d'une originalité totale et d'une beauté irréelle. Indispensable. (R&F n°380)

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