CHRONIQUE PARUE DANS ROCK & FOLK EN 1997

Ma chronique à la sortie de Shleep de Robert Wyatt.

Robert Wyatt
Shleep
Hannibal/ Ryko

Cela fait plus de six ans qu'on attendait un nouvel album de Wyatt, et environ quinze qu'on en attendait un de cette qualité. Wyatt est ici au sommet de sa forme, et pour la première fois depuis longtemps, il s'entoure d'autres musiciens et il s'amuse. De Phil Manzanera qui lui a ouvert grand les portes de son studio et l'accompagne à la guitare sur "Alien", à Eno, qui cosigne et coproduit le morceau d'ouverture (et premier single) "Heaps Of Sheeps", en passant par Hugh Hopper qui lui offre la très belle mélodie de "Was A Friend" et les cuivres de Evan Parker (saxophone) et d'Annie Whitehead (trombone), on est en terrain connu. Et quel terrain ! Celui de Rock Bottom, tout simplement, dont on retrouve ici parfois le style, au détour d'harmonies étranges, de cuivres libertaires ou de parties de piano inimitables. Par contre, sur quelques titres, on déboule en territoire inconnu, et c'est magnifique. Tout d'abord avec "Maryan", coécrit et accompagné par Philippe Catherine (le guitariste de jazz qui accompagna Chet Baker à la fin de sa vie) : la voix de Robert, des arpèges de guitare acoustique, c'est tout con, mais c'est beau. Et puis, il y a les deux titres avec Paul Weller... Au début cette guitare électrique très classiquement rock qui accompagne la superbe mélodie de "Free Will and Testament" dérange. Trop banale, trop évidente, trop facile. Et puis, on se dit, que quand même, c'est vachement bon. Et qu'on peut le faire écouter à sa copine sans qu'elle sorte de la pièce (essayez avec Soft Machine : bon courage). Et ce "Blues in Bob Minor", pastiche / hommage hilarant de "Subterranean Homesick Blues" ! Cet album est tellement riche et varié qu'il va nous faire de l'usage longtemps. Mais ce n'est pas une raison pour que Wyatt attende dix ans pour en faire un autre. On en veut encore !

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