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Alors qu'il passait par Paris, à l'été 1999 (2000? ma mémoire flanche) pour accompagner Tanger sur scène, j'ai rencontré Gary Lucas pour la première fois.
Nous nous sommes souvent revus par la suite, continuant cette longue conversation, dont un extrait devait à l'origine paraître dans Rock&Folk, ce qui n'arriva jamais. J'ai par la suite utilisé beaucoup de ses propos concernant Jeff Buckley dans mon livre. Mais voici pour la première fois la quasi intégralité des propos de Gary, qui raconte son parcours de musicien


Le plus grand guitariste de rock actuel est un inconnu… ou presque. Si on connaît Gary Lucas, c'est en général pour son travail avec Captain Beefheart ou Jeff Buckley. Pourtant, il semble que ce garçon ait joué avec toute la planète, tous genres musicaux confondus : Leonard Bernstein (!), Nick Cave, David Johansen, Lou Reed, Les Woodentops, Adrian Sherwood, Matthew Sweet, Future Sound of London, John Zorn, Joan Osborne, Bobby Neuwirth… pour ne citer que les plus connus. Et le voici en France, produisant Tanger, un de nos groupes les plus originaux, et jouant avec eux sur scène. C'était l'occasion de le rencontrer et de le laisser raconter son parcours, plutôt hallucinant.

Fifties middle class et sixties Rolling Stones

J'ai grandi à Syracuse, dans l'Etat de New York, un coin très middle-class (Lou Reed a été à l'université là-bas, ainsi que beaucoup d'autres, Tuli Kupferberg des Fugs, etc.). Mon premier guitar hero était Duane Eddy. C'est drôle, parce que la reprise qu'on a fait l'autre soir avec Tanger, "Paris Summer", est une chanson de Lee Hazlewood, qui fut le premier producteur de Duane.
Mais mon premier vrai héros, ce fut Keith Richards. Quand j'ai découvert les Rolling Stones… ça y était ! Les Beatles paraissaient soudain très pâles, plastiques. Je me tenais devant ma glace, dans ma chambre, et je me prenais pour Mick Jagger. Puis j'ai appris toutes leurs chansons et tous les solos de Keith Richards. Bien des années plus tard, j'ai rencontré Mick & Keith, puis Andrew Loog Oldham, un autre de mes héros. J'ai lu son livre (Stoned), il est excellent ! Il est brillant, il est l'âme des Stones, c'est ce qu'ils essaient de cacher depuis des années. Quand je l'ai rencontré, il mixait un disque pour Allen Klein, Metamorphosis, un tas de trucs louches, des demos pour des éditeurs, etc. et il dansait dans le studio : il était plus Mick Jagger que Jagger lui-même. Il a eu une influence énorme sur toute la culture. Aujourd'hui, il n'y a pas un seul groupe, du punk au grunge en passant par la new wave qui ne soit pas influencé par ce qu'il a fait, il a écrit le manuel 'Comment être un groupe de rock'.

Jeff Beck

Vers 1966, ça a été le début de l'époque psychédélique, avec les Yardbirds, et Jeff Beck est devenu… mon père. J'aimais beaucoup Clapton et Page, mais pour moi, Beck était le guitariste ultime. Il avait l'humour, le style, le flash. Il a fait parler la guitare. Avec de la saleté, de l'agression, du feu, un son méchant, en prenant le meilleur de Link Wray, des bluesmen comme Otis Rush, Buddy Guy, il a fait une synthèse de tout ça et il a ajouté cet humour… Il a fait rire la guitare. Maintenant je suis ami avec Gorgio Gomelski (premier manager des Stones puis des Yardbirds, NdA), il vient à tous mes concerts, il voudrait me produire… Il tient un studio de répétitions à New York, beaucoup de groupes passent par-là, Bill Laswell y joue, Jeff Buckley répétait là… C'est comme une école.


Folk et psychédélique

Puis mes oreilles se sont ouvertes complètement, je me suis branché sur les guitaristes folk anglais, Davy Graham, Pentangle. J'adore Bert Jantsch et John Renbourn. Je vais faire un concert à New York en septembre avec David Johansen, un hommage à Robert Johnson, Renbourn sera là… Et il y a eu The Incredible String Band: Mike Heron et Robert Williamson sont des dieux pour moi. Si on me demandait mon album préféré de tous les temps, je dirais peut-être 5000 Spirits. J'admirais aussi certains guitaristes américains comme Mike Bloomfield ou Danny Kalb, du Blues Project, très sous estimé. Et Hendrix, bien sûr. Ça m'a pris des années pour comprendre ce qu'il faisait. Et deux guitaristes anglais très importants pour moi: Syd Barrett, qui a changé ma vie, et David O'List, le guitariste de The Nice, qui a également joué dans le premier Roxy Music.

Beefheart

Puis ma vie a pris un autre tournant quand j'ai entendu Beefheart pour la première fois. Vers 1967, je traînais à l'université de Syracuse et j'ai rencontré ce kid avec les cheveux les plus longs que j'aie jamais vus, tenant une caisse de guitare où était écrit 'Captain Beefheart' dans une main et le premier album des Move dans l'autre (non distribué en Amérique à l'époque). Je lui ai demandé qui il était, il m'a dit 'Fred Perry'. Le nom me paraissait familier. Je lui ai demandé qui était ce Captain Beefheart. 'Oh, c'est un super groupe californien, mon frère a produit leur disque'. 'Une minute, ton frère est Richard Perry ?' Fred Perry a été une figure très importante de la musique, on ne le sait pas, mais il fut un vrai catalyseur. Il a ramené des tas de disques d'Angleterre, le premier Floyd, le premier Hendrix, il les amenait aux radios de New York, qui les passaient. Donc je me suis intéressé à Beefheart, et quand je l'ai écouté, waooo…
Je suis allé à Yale en littérature, ce qui impressionnait beaucoup Beefheart par la suite. Et je me suis dit 'fuck la littérature, je veux jouer de la guitare, fumer des joints, aller au cinéma, être DJ'…
L'événement suivant, c'est quand mon pote m'a dit 'Beefheart joue à New York, c'est son premier concert ici'. On avait écouté ses disques, il avait été en couverture de Rolling Stone, mais personne ne l'avait jamais vu. On y est allé, c'était dans un petit club tenu par la mafia, Ungano's. Il était tellement brillant. Cette nuit-là a changé ma vie. Sur la sono, ils jouaient "Flying" de Rod Stewart et des Faces et quand il est arrivé sur scène, il a dit 'enlevez-moi cette merde!' Il était génial. Les musiciens sont arrivés un par un, il y avait John French, Artie Tripp, Elliot Ingber, c'était un super groupe. Et puis j'ai entendu Zoot Horn Rollo faire "One Red Rose That I Mean", un solo de guitare de "Lick My Decals Off, Baby", et je me suis dit 'Je n'ai jamais entendu quelqu'un jouer de la guitare aussi brillamment, si jamais je fais quelque chose en musique, je veux jouer avec ce mec'.
Six mois plus tard, Beefheart est venu jouer à Yale, c'était l'époque de l'album Spotlight Kid, qui m'avait un peu déçu, car je préférais les trucs psychédéliques. Il est arrivé dans un espèce de gymnase, sans faire de balance, on n'entendait rien, de la bouillie. Je pleurais, j'avais dit à tout le monde sur le campus 'c'est génial, c'est meilleur que le Grateful Dead, c'est le trip ultime'. J'étais frustré. Mais j'ai eu la chance de pouvoir interviewer Don (Van Vliet, véritable patronyme du Captain) et j'ai rencontré son groupe. Ils étaient adorables. Je les ai vus à chaque fois qu'ils jouaient dans la région de New York. Don m'a donné son numéro de téléphone et on se parlait pendant des heures. Il ne raccroche jamais, il aime parler. On est devenu très proche, par téléphone. On est devenu copains, mais pendant cinq ans, je n'ai pas dit à Beefheart que je jouais de la guitare! J'étais intimidé, embarrassé et je ne pensais pas être assez bon pour jouer avec eux. Alors, en secret, dans mon appart', j'ai étudié les disques. Comment faisaient-ils ? Moi je jouais du blues, une note à la fois avec beaucoup d'attaque, comme Beck, et chez Beefheart, c'était les dix doigts qui jouaient, des lignes mélodiques avec des accompagnements rythmiques. Arriver à savoir qui jouait quoi, quand il y avait deux guitares…
J'ai étudié ces disques bien plus que la littérature. Et j'ai appris, lentement. Ça m'a fait me pencher sur des styles plus anciens, le blues, les fondations. Je suis tombé dans Skip James, Son House, Charlie Patton, Robert Johnson, Mississippi Fred McDowell… Aujourd'hui, je n'écoute plus beaucoup de musique, mais je peux toujours revenir à ce country-blues. Blind Willie Johnson… C'est le truc ultime. J'aime ce côté sombre, démoniaque, l'âme humaine qui pleure, c'est ce que j'entends dans les cordes de ces guitares. J'entends presque la voix de Dieu dans ces cordes tirées. Comme chez Ravi Shankar, un chanteur gospel ou juif, ou un muezzin. Tous ces états extatiques. C'est la musique la plus spirituelle. Il y a une beauté dans ces dissonances qui me va droit au cœur, comme dans les accords en cluster de Cecil Taylor. C'est pour ça que j'aime tant la guitare, c'est comme si les cordes étaient des extensions de mes nerfs. Je peux vraiment communiquer ce que je ressens.
Puis on s'est un peu éloigné, Beefheart a sorti ses deux albums sur Mercury, c'était terrible. Je les haïssais, je pensais qu'il avait perdu la tête. J'ai eu mon diplôme à Yale, je suis revenu à Syracuse. Que faire après ? Je ne voulais ni être avocat, ni retourner à l'école, ni travailler dans une boîte. J'ai vu dans le journal 'Frank Zappa avec Captain Beefheart special guest, Bongo Fury'. J'ai été les voir après le show, il m'a serré dans ses bras. Je l'ai emmené pour une nuit dingue dans Syracuse. On a été chez un vieux black dans le ghetto, chez qui on pouvait débarquer à n'importe quelle heure, il avait un barbecue dans son jardin. Don était dans son élément, il a commencé à chanter le blues. Il a dit 'nous devons ramener des ribs à Frank!' Il lui en a ramené, le lendemain, dans un sac en papier, ils étaient tout froids. Zappa : 'beurk'. Don : 'Frank ne sait pas apprécier les bonnes choses…'
Il voulait remonter un groupe. Là, je lui ai dit que je jouais et que je voulais auditionner. 'Tu joues de la guitare ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit, mec ? Ecoute, je serais à Boston avec Frank dans deux jours, viens avec ta guitare à l'hôtel'. Et j'y suis allé, avec ma Stratocaster, la même que j'ai toujours, que j'ai payée 200 dollars à Yale. Peut-être volée… J'ai joué et il m'a dit 'Oui, c'est bon. Je sais qu'on va faire quelque chose ensemble.' J'ai dit 'OK, quand ?' Il était très vague, pas sûr… J'avais la possibilité d'aller à Taiwan, bosser pour mon père, qui a une boîte d'import-export. Beefheart m'a dit 'Ok on reste en contact'. Je suis parti cette nuit-là, en pensant qu'on travaillerait ensemble un jour, j'en étais sûr, sans savoir quand. J'ai passé deux ans à Taipei.


Doc At The Radar Station

Puis j'ai rappelé Beefheart, 'Je suis de retour, je veux jouer'. Il a dit 'OK, viens nous voir'. Il avait un groupe et ils venaient de sortir Shiny Beast (1978). Il m'a dit 'restons en contact'. Je suis rentré à NY et j'ai commencé un job, j'écrivais pour CBS. Comme j'étais chez CBS, j'avais la possibilité de parler à Beefheart tous les jours au téléphone : c'était l'argent de la compagnie… Pendant dix ans, je lui ai littéralement téléphoné tous les jours au moins une heure! Il vivait dans un trailer, dans le désert. On est devenu très proche, les meilleurs amis du monde. Je lui envoyais de la musique, il me demandait du blues, je lui envoyais des cassettes, des photos, j'étais devenu ses yeux et ses oreilles à NY. Il m'a dit qu'il me voulait dans le groupe, qu'il allait m'envoyer des musiques. "Flavor Bud Living" fut la première, jouée par John French, issue de Bat Chain Puller, un disque qui n'est jamais sorti, dont Zappa possède les bandes. Il m'a dit 'Je n'aime pas la façon dont French le joue, il le joue trop religieusement! Je veux que tu utilise ma théorie de la note explosive'. 'OK, qu'est ce que c'est ?' 'Joue comme si chaque note explosait, très staccato, sans aucune relation avec la note précédente, ni la suivante'.
Je suis allé dans le désert pendant l'hiver 1980 et il a modifié ma façon de jouer, en la sculptant. Puis en juin 80, il m'a invité à l'enregistrement. J'ai pris l'avion pour LA, un taxi de l'aéroport au studio, et je l'ai faite en une prise, c'est ce qu'on entend sur Doc At The Radar Station. J'ai aussi joué du cor sur "Best Batch Yet", juste quelques notes qu'il m'avait sifflées au téléphone ! Il avait l'habitude de m'appeler au milieu de la nuit 'Gary, prends ton magnéto, apprends ça !' Et il sifflotait un truc étrange ou chantait en scat, en grognant, c'est comme ça que beaucoup de musiques ont été composées. Comme des petits objets trouvés, des rythmes étranges, des mélodies, des diagrammes. Quand j'ai fait " Flavour Bud Living ", il m'a écrit un mot qui disait 'Joue comme si tu mourais'… Je chéris ça, je l'ai gardé et mis dans un cadre. Puis il m'a dit 'J'ai un plan pour toi, je vais faire une tournée, tu joueras ce morceau, en Angleterre'. Le disque est sorti, puis nous avons fait la tournée, nous avons joué à l'Elysée Montmartre, à Paris. Je jouais quatre titres. " Flavour Bud Living " en solo, j'arrivais froid, sans m'échauffer, ma guitare était sur la scène, Beefheart m'introduisait, le groupe quittait la scène et je jouais ! J'ai joué ça à Paris pour la télé, dans une émission qui s'appelait Chorus, ça existe sur bande quelque part… Puis je lisais un poème, 'One Man Sentence', je jouais 'Her Eyes Are a Blue Million Miles' et parfois en rappel 'Making Love to a Vampire With a Monkey on My Knees', à la basse.


Lester Bangs

J'étais censé être le manager de Beefheart, mais en vérité, ce n'est pas mon truc, le business, c'est lui qui me l'avait demandé : 'Je ne fais confiance à personne, j'ai besoin de toi, je pense que tu peux le faire'. Il avait besoin d'un ami. Ling, ma femme, s'occupait plus de la partie business, moi j'étais meilleur pour tout ce qui était publicité, comme par exemple expliquer Beefheart aux journalistes. Quand cet album est sorti, j'ai organisé une écoute dans mon appartement. Des gens comme Lester Bangs sont venus l'écouter. Le meilleur compliment que Lester m'ait fait, quand il a écouté " Flavour Bud Living " pour la première fois, c'est en me disant 'C'est vraiment super, quelle partie joues-tu, Gary ? L'aigu ou le grave ?' C'était un bon mec, un grand personnage, il me manque. Mais mon auteur favori de cette période est Richard Meltzer, qui a écrit The Aesthetics of Rock. Quand j'étais au collège, je traînais dans son appart à NY, c'était étrange, il vivait de façon très primitive, il avait un perroquet qui volait et chiait partout. C'était un environnement d'art total, très punk, il était le premier punk…



Ice Cream For Crows

Nous avons fait la tournée, puis Beefheart a dit 'Je ne veux plus faire de concerts, je veux peindre, je ne sais pas si j'ai encore envie de faire beaucoup de musique'. Mais nous devions encore un album à Virgin, alors deux ans après il m'a appelé et m'a dit 'OK, je veux que tu fasses partie du groupe'. Il m'a envoyé de la musique à NY, dont 'Evening Bell', un titre de 17 minutes… J'en apprenais cinq secondes par jour, à l'oreille, je mémorisais tout, c'était très difficile. Sur le coffret, Grow Fins, il n'y a que la première moitié. Il m'a dit 'c'est bien, mais ce n'est que la première moitié, je t'envoie la suite'… Je ne pouvais pas les enchaîner, c'était vraiment très dur. Il m'a aussi envoyé 'Oat Hate' qui est sur ce nouveau CD, Improve The Shinig Hour, encore plus difficile, un boulot monumental. A l'enregistrement, il m'a dit 'tu joues quand je dis start, et tu t'arrêtes quand je dis stop !' Sans me le dire, il avait appris aux autres musiciens une autre partie. J'ai dit 'quel est le rapport ?' Il m'a répondu 'il y a un rapport'. Je ne l'entendais pas… A la session, il était là, comme un arbitre : 'start !', 'stop !' Et sur la chanson 'Cardboard Cutout Sundown', on peut entendre à la fin les deux parties qui se rejoignent, parfaitement synchrones… Il avait tout en tête… du moins je crois, je ne serai jamais sûr… Lui dirait oui, bien sûr, moi, j'ai un petit doute, mais… Je l'aime tellement, je lui laisse le bénéfice du doute. Qu'il ait été ou non un grand musicien ou compositeur, je pense qu'il est un des plus grands génies de la musique du 20ème siècle et que ses textes sont les meilleurs, bien loin devant ceux de Lou Reed ou de Dylan, ils se lisent comme des poésies. Il est très sous estimé comme auteur. Et c'est un peintre brillant. Un géant.
On a enregistré et il ne voulait pas tourner, il détestait ça, ce cirque rock… J'ai suggéré qu'on fasse une vidéo. 'Qu'est-ce que c'est ?' (MTV venait de démarrer). Il a créé ce truc pour 'Ice Cream For Crows', on a été filmer dans le désert cette très belle vidéo que MTV a refusé de passer :'C'est trop bizarre, personne n'aimera jamais cette musique'. Et c'est à peu près tout. Le disque est sorti, il a eu de très bonnes chroniques. Et puis Beefheart a dit 'Je hais le business du rock, je veux peindre'. J'avais rencontré Julian Schnabel, le plus célèbre des jeunes peintres abstraits à NY, qui m'avait dit 'J'adore Beefheart, je veux le rencontrer'. J'ai arrangé leur première rencontre, ils sont devenus amis. Julian nous a invités dans sa maison à Long Island, en été, on a traîné ensemble, il voulait faire un disque avec Beefheart. Je ne sais pas ce qui s'est passé, il y a des bandes qui existent, où on jamme…

Beefheart se retire du cirque rock

Il devait y avoir un autre disque, parce que Virgin en voulait un. Don a dit 'Je ne peux pas'. J'ai été le voir une dernière fois, il avait déménagé, il vivait en Californie du Nord, dans une nouvelle maison magnifique avec vue sur l'océan, il pouvait voir des baleines, des dauphins, dans un cadre naturel idyllique. Je lui ai dit 'Don, tu as tout ce que tu voulais, tu as un studio de peinture, un piano pour travailler'. Et il était misérable, furieux, il hurlait, irascible comme jamais. Alors j'ai pris la décision de le quitter. Il voulait peindre et que je m'occupe de lui. J'ai dit que je ne pouvais pas, que je ne comprenais pas le business de la peinture. Et je voulais continuer à jouer de la guitare, alors que Don ne voulait plus enregistrer…
J'ai donc démissionné, très respectueusement. Il était furieux, disant 'Tout mon univers s'écroule'. Je leur ai donné tous les contacts, à lui et à sa femme, et je lui ai dit, 'si jamais tu veux faire un autre disque, je suis là, je serais honoré de jouer avec toi, je t'aime, mais je ne suis pas un businessman'. On était triste tous les deux, mais je devais aller de l'avant. J'ai du faire un break, il a une personnalité si forte… Il vous domine totalement. Les autres musiciens qui ont joué avec lui n'ont pas fait grand chose après. C'est triste.


Producteur

1983 : qu'est-ce que je fais maintenant ? J'ai joué avec le meilleur rock band d'avant garde du monde… Que faire après… J'avais quelques offres de groupes à NY, mais je n'étais pas à l'aise. Mon problème était que, pendant des années, j'avais pensé que c'était la musique ultime, la meilleure. Même si j'avais écrit que les Clash étaient 'le seul groupe qui compte', je n'y croyais pas. Pour moi, c'était Beefheart le seul. La première opportunité que j'aie eue était de produire. CBS Masterworks avait Philip Glass et voulait développer ce croisement entre rock et classique. J'ai produit Peter Gordon, un saxophoniste new yorkais, intéressant, évidemment pas aussi original que Beefheart. On a fait un disque, j'ai rencontré Arthur Russel, un mec brillant et méconnu. Puis Tim Berne, avec qui j'avais grandi. On a fait un disque à LA dans le studio de Chick Corea, avec Bill Frisell à la guitare.


Woodentops

J'ai rencontré les Woodentops qui étaient sur Rough Trade, en Angleterre. Ils sonnaient un peu comme Suicide ou les Ramones. Ils connaissaient mon travail avec Beefheart. Le chanteur, Rolo, est devenu mon ami. Je suis allé en Angleterre, on a fait leur dernier disque ensemble. J'ai aussi rencontré Adrian Sherwood, le boss de On U Sound. Ça m'a reconnecté avec ma jeunesse, j'ai redécouvert le plaisir de jouer, le fait que la musique pouvait aussi être amusante. J'ai travaillé avec un rappeur à NY que je connaissais, pour Rough Trade, avec Arthur Russel, qui m'a encouragé à rejouer de la guitare. Alors j'ai fait des sessions, pour Matthew Sweet, avec Robert Quine et Fred Maher, pour Lori Carson, produite par Hal Wilner. Puis le club Knitting Factory a ouvert, à NY, j'ai été voir Tim Berne jouer. Un jour, une fille m'a défié d'y faire un concert solo. J'ai relevé le défi, pour mon ego. J'ai fait ce show en 1988, une soirée sold out. Et ça a marché, par bouche à oreille. Je me suis dit 'C'est ce que je devrais faire de ma vie. Si je ne le fais pas maintenant, il sera trop tard'.


Gods & Monsters

En 1989, j'ai monté la première incarnation de mon groupe, Gods & Monsters, avec Tony 'Thunder' Smith à la batterie, qui a joué avec Lou Reed, et deux bassistes. C'était instrumental. Mais je voulais élargir mon audience, faire de la pop, ne pas rester confiné au jazz ou à la fusion. Je devais écrire des chansons, ce que je n'avais jamais fait. La première que j'aie écrite est sur cet album, qui va sortir à la rentrée sur Last Call (le meilleur des deux albums de G&M sortis sur Enemy au début des 90's), "Poison Tree", chantée par Mary Margaret O'Hara. A un moment, il y avait huit personnes sur scène. C'était un peu le même concept que les Golden Palominos ou Material, des chanteurs qui tournaient avec une base instrumentale stable. J'ai été en Angleterre enregistrer quelques titres avec Rolo, j'adore sa voix, il y a aussi eu Jon Langford, des Mekons. J'ai obtenu un contrat avec Columbia, avec notre première chanteuse. On a signé pour deux ans, mais on n'a enregistré que des démos. Le gars qui nous a signés était producteur des Hooters, Sophie Hawkins, Cindy Lauper et Joan Osborne. C'était mon mentor, une figure du père pour moi, un de ces hommes dans le biz qui croient à ma musique. J'ai des anges tout au long de ma route, comme Tanger. Mais il a quitté la boîte après ma signature. Et j'ai été trimbalé comme une patate chaude qu'on se refile en disant 'c'est trop bizarre'…



Jeff Buckley

Je n'avais plus aucun soutien. En même temps, j'ai rencontré Jeff Buckley, au printemps 91. Hal Wilner a organisé un hommage à Tim Buckley à St Ann's Church. La veille du show, il m'a dit, 'écoute, Tim avait un fils, Jeff, je ne l'ai jamais rencontré, mais il sera là. Peut-être pourrais-tu travailler avec lui…' J'ai dit 'OK, on verra'. Je n'avais jamais rencontré Tim, mais j'adorais sa musique. A Yale, j'aimais des trucs bizarres… J'avais un show radio 'The Sounds from England' Les deux seuls artistes qui n'étaient pas anglais que je passais étaient Captain Beefheart et Tim Buckley… Je passais "Happy Sad", "Gypsy Woman".
J'ai rencontré Jeff et j'ai été séduit par sa présence, la façon dont il ressemblait à son père… il était électrique. Il m'a dit 'Tu es Gary Lucas. Je suis enchanté de te rencontrer. Je connais ton travail avec Beefheart, j'ai lu des articles sur toi dans Guitar Magazine. Essayons de faire quelque chose ensemble. "
Je l'ai invité chez moi et on a joué une chanson de Sefronia, "The King's Chain", j'ai fait une boucle, avec mon écho digital, Jeff a commencé à chanter et… c'était comme si dieu était dans la pièce. Je lui ai dit 'Tu es une putain de star !' Lui 'Tu crois ?' Il a pris ma guitare, il a joué, je lui ai dit 'tu es très bon'. Lui : 'J'ai été à l'institut de guitare.' En Californie, il avait étudié la guitare rock classique, il pouvait jouer tout Led Zeppelin…
Je l'ai emmené au White Horse Tavern, un super endroit dans Greenwich Village, où Dylan Thomas de saoulait à mort, on a fumé un joint, on s'est assis au soleil, je lui ai dit que ça n'allait pas avec ma chanteuse, je lui ai proposé la place. On adorait tous les deux les Doors, Led Zep et les Smith, l'idée était de faire un super groupe classique combinant ces influences. Il a dit 'Cool, j'adorerais'.
On a fait le show a l'église ensemble, ça a très bien marché. Il est rentré à LA mais je suis resté en contact avec lui, je suis parti en tournée solo et en rentrant on m'a dit que mon projet à Columbia était fini. 'Quoi ? Mais on a un contrat…' Le DA m'a dit 'Tu ne peux pas te permettre de nous faire un procès'… Ma première expérience de ce business merdique… Ils m'ont dit que je pouvais garder l'argent, mais il n'y en avait plus, évidemment… J'étais très déçu, mais j'avais cette image de Jeff, attendant, à LA. Et je me suis dit que tout allait bien se passer, qu'on allait bosser ensemble.
En juin, j'ai écrit, comme dans une transe, les musiques qui allaient devenir "Mojo Pin" et "Grace", chargé à la marijuana (tu n'as pas besoin d'écrire ça…). A l'époque, je fumais beaucoup. Et je leur ai donné deux titres, "And You Will" et "Rise Up To be", deux titres très positifs, des affirmations, partiellement pour encourager Jeff, 'Lève-toi, quitte LA et sois une star à NY, commence quelque chose de neuf, et tu seras… un artiste'. Et aussi pour m'encourager à continuer… Parce que tout le monde pensait que j'étais fini dans la musique, après l'échec de ce deal, que j'allais redevenir un simple rédacteur…
Jeff est venu, cet été là. Je lui avais envoyé les bandes des deux titres à LA. Il est arrivé à NY et a dit "'OK, maintenant ça s'appelle "Grace" et "Mojo Pin". J'ai été en studio en août faire les instrumentaux avec mon groupe, puis il est venu chanter, en une heure. J'ai toujours ces démos. Je savais qu'il saurait quoi faire, je ne lui avais rien dit, aucune indication… Et il a fait tous ces arrangements compliqués… Je me suis dit 'C'est la plus belle musique que j'aie jamais entendue'. Je lui ai dit 'Jeff, tu as fait mieux que je n'aurais jamais pu en rêver'. Il était un peu timide 'tu aimes ?'. Il était en même temps arrogant, il savait qu'il était bon, mais il avait tous ces gens à LA qui lui disaient 'les gens qui t'aiment aiment en fait ton père…' Et il les écoutait…
Je suis rentré avec ces démos, pensant qu'elles allaient chambouler le monde. On les a jouées à quelques personnes. Un label a permis à Jeff de venir à NY, on a fait quelques concerts. J'ai été en Angleterre en novembre pour une tournée solo. J'ai parlé de lui au Melody Maker, c'était la première fois qu'on parlait de lui dans la presse. Je leur ai dit 'je vais revenir avec mon groupe et ce chanteur incroyable'.
En janvier 92, Jeff a déménagé à NY, j'ai écrit d'autres chansons, une douzaine en tout, aussi bonnes que les deux autres. On a commencé à répéter. Et dix jours avant le premier grand show à St Ann's, il a viré la section rythmique ! Je savais qu'il se passait quelque chose… Après, j'ai compris qu'un tas de gens autour de lui disaient 'je peux t'avoir un deal solo'. Il avait toujours voulu faire ça, à cause de son père… Je comprends maintenant, mais j'ai mis longtemps à l'accepter.
On a fait le concert, j'ai l'enregistrement, c'est super… Il a chanté comme jamais, les paroles étaient géniales. Et puis il m'a dit 'Je ne peux pas continuer. Je ne pense pas que ma voix soit prête, je ne sais pas si je suis prêt pour être dans un groupe, c'est trop tôt, je veux jouer seul dans les clubs pendant un temps, comme mon père'… C'était ses raisons. Je lui ai dit que j'espérais qu'il changerait d'avis. Je l'ai invité à d'autres shows, certains ont été enregistrés pour la radio. J'ai aussi fait des concerts solos où il était mon invité. On a fait " Farewell Angelina "… Magique. Ils l'ont passé à la radio. Cinq minutes de sculpture spatiale. On ne l'avait jamais jouée auparavant, c'était complètement improvisé, on était très défoncé. On a fait un dernier concert à Tramps. Toutes les boîtes sont venues, Sony, etc.
Puis il a commencé à jouer à Sin-é, tous les boss venaient le voir… Je me sentais misérable, je voulais me tuer. Je me couchais déprimé tous les soirs à huit heures ! Je pensais que j'étais fini, que ça y était. Il a commencé à ne plus me rappeler au téléphone… ça m'a fait mal. Il ne jouait plus que des covers ! Deux heures de reprises… Ils s'en foutaient 'il est si brillant, si beau, etc…' Arista (Clive Davis) voulait le signer, lui filer des chansons et en faire une sorte de Whitney Houston…
Je me suis remis, j'ai été au NME, leur ai dit 'J'ai ces supers morceaux, avec Rolo, je veux les sortir'. Ils m'ont dit 'et Jeff Buckley ?' J'ai dit 'Je ne veux pas'. J'étais furieux, je me sentais trahi. Encore aujourd'hui, j'ai ce sentiment… Mais il est mort. J'ai donc sorti ce disque, sans Jeff, quatre étoiles dans Rolling Stone (trois seulement pour Grace, ça m'a fait du bien…) et j'ai pensé 'ma carrière n'a pas commencé avec Jeff Buckley, elle ne s'arrêtera pas avec lui. Je l'aime, il est un des plus grands génies de la musique que j'aie rencontré…mais il n'est pas le seul'


Grace

J'ai continué à jouer, j'entendais parler de lui, il essayait de monter un groupe, Columbia dépensait des fortunes. Et puis j'ai reçu un coup de fil à l'été 93, il était très timide, pensant que j'allais lui dire 'Fuck You, Buckley', il ne m'avait pas parlé pendant des mois. Mais j'ai été sympa. 'Gary… tu sais ces deux chansons, je veux vraiment les faire.' Moi :'OK' On s'est rencontré on a parlé, il y avait une possibilité qu'il me demande de rejoindre son groupe…
Mais il y avait des problèmes d'ego entre nous. Il m'a dit 'tu sais, je n'aimais pas quand tu étais sur le devant de la scène avec moi. Quand Mick et Keith jouent, Keith se tient toujours en retrait…' Je lui ai dit 'Jeff, mec, j'ai monté ce groupe, j'ai dirigé G&M pendant trois ans avant que tu arrives… Je ne vais pas me tenir dans le fond de mon propre groupe.' Et quand je l'ai vu avec son groupe, ils étaient tous loin derrière. Pas de communication. La star et ses accompagnateurs… Il était très sérieux sur scène, c'est l'école misérable du rock… Enfin.
Donc, à part des apparitions comme invité, ça ne pouvait pas marcher… C'est pour ça que j'aime jouer avec Tanger, on se regarde, on se marre, le public s'aperçoit qu'on aime ça… Andy Wallace , le producteur, est venu à un show où je jouais avec Jeff, et il a dit 'Gary ajoute vraiment une flamme'. Ils m'ont invité à Bearsville, j'y suis resté trois ou quatre jours, on a fait de supers sessions. Jeff écrivait toujours ! Et ce studio est très cher… Au départ, il ne devait faire que des reprises. Et puis il a sorti de son sac "Eternal Life" et "Last Goodbye", des demos qu'il avait faites en Californie, qu'il m'avait fait écouter. Il avait déjà essayé de signer avec ces demos, l'été où on a commencé à jouer ensemble, et il s'était fait jeter de partout ! Il essayait tout à l'époque… Il avait même auditionné pour le poste de guitariste dans le groupe de Mick Jagger ! En juillet, quand je l'ai vu à NY, il était avec les Commitments, ils avaient monté un groupe de tournée pour promotionner le film, il jouait de la basse avec eux !
Quand Grace est sorti, Jeff m'a laissé un message disant 'Gary, je voulais que tu saches que le disque marche très fort, il est numéro un en Australie, et que tu saches aussi que tu y es pour beaucoup. Je t'aime, j'espère que nous travaillerons de nouveau ensemble, que nous enregistrerons ces 12 chansons. Mais je ne sais pas quand, parce que je suis si occupé, etc.' Je me suis dit 'OK, je ne vais pas retenir ma respiration en l'attendant… Quand il aura besoin de moi'… La plupart des musiciens sont égoïstes, je le suis, c'est presque une obligation…
Avant sa mort, je l'ai vu dans la rue, avec sa psychiatre. Il sortait avec elle. J'ai fait la même chose quand j'avais 22 ans, avec ma psy de 60 ans ! Et il m'a dit 'Tu te rappelles quand on a fait "Mojo Pin" et "Grace" ? Tu as des nouvelles musiques ?' J'ai dit bien sûr. Il m'a dit 'envoie les moi, je réfléchis à mon prochain disque' Je lui en ai envoyé une, il m'a dit 'c'est bon, envoie-m'en d'autres' et puis je n'ai plus entendu parler de lui.
J'étais fou. J'ai rencontré Mick Grondhal (bassiste de Jeff) à un concert et il m'a dit 'il devrait te recontacter'. La dernière fois que je l'ai vu, il jouait à la Knitting Factory, pour les dix ans du club, il a eu l'air un peu tendu de me voir puis il est venu me dire qu'il était désolé de ne pas m'avoir recontacté, qu'il avait eu tort, etc. Il était troublé, ça n'allait pas avec son label, il m'a fait de la peine. Je l'aimais toujours. Il a joué solo, Lou Reed était là avec Laurie Anderson, Tom Verlaine, Lenny Kaye, tous autour de moi. Il a joué ses nouvelles chansons, j'ai pensé, 'elles sont OK, mais elles ne me tuent pas'. Puis il a dit 'Si Gary Lucas n'est plus fâché avec moi, j'aimerais qu'il vienne me rejoindre'. Quelqu'un m'a crié dans l'oreille 'Fonce'. J'ai marché vers la scène, comme dans un brouillard, je suis monté, il m'a passé sa Telecaster. Je lui ai dit 'Qu'est-ce qu'on fait' Lui :' "Grace", bien sûr'. J'ai joué, je me sentais si bien, la communication magique était encore là. Quand on a eu fini, on a eu plus d'applaudissements que tout le reste du show. Sony était là et s'en est rendu compte aussi. J'ai été dans les loges, je lui ai dit merci, lui ai serré la main… Cette version de "Grace" était la mienne, sans le pont au milieu qu'il a ajouté, que je ne connais pas. Je me suis excusé. Il m'a fait 'Ouais tu reviens toujours à la première version'. 'Quoi de neuf ?' 'Oh, je pars à Memphis demain avec Verlaine… Viens me voir dans un club où je joue'. Je me suis dit que je n'allais pas me mettre à le suivre partout, ce n'est pas comme ça que ça marche.
J'ai fait un show un mois après, son directeur artistique est venu me voir pour me dire 'écoute, rien n'est sûr, mais il y a de bonnes chances que tu reçoives un coup de fil pour rejoindre Jeff à Memphis'. 'Que se passe-t-il ?' Il m'a raconté toute l'histoire, les sessions avec Verlaine qui ne marchaient pas, qu'il était malheureux. C'est l'histoire de Jeff essayant de suivre son esprit tortueux. Ils l'ont mis à Long Island avec le groupe pour écrire, ça n'a pas marché, une première fois avec Verlaine, puis à Memphis, ensuite ils voulaient faire revenir Andy Wallace, etc. J'ai dit OK, je suis cool, je suis prêt. Je pensais que ça arriverait peut-être, peut-être pas…
Et la suite, c'est un coup de fil du gars de MTV News 'Gary as-tu vu les nouvelles, Jeff est présumé noyé'. J'ai dit 'quoi ?' et j'ai commencé à pleurer. J'ai d'abord cru à une blague : il s'est tiré, il a voulu disparaître un peu… Ensuite j'ai pleuré tous les jours pendant un mois. Je n'ai jamais eu la chance de lui dire au revoir. Et je suis toujours hanté par ça.


Inédits de Jeff Buckley

Je suis assis sur toutes ces bandes… Mon avocat dit que j'ai besoin de la permission de la mère de Jeff pour les sortir légalement avec son nom et sa photo. Il y a deux ans, elle m'a dit 'Oh oui, bien sûr. Mais actuellement, je travaille avec Sony sur des bandes dont ils sont propriétaires.' J'avais une offre d'une grosse compagnie, avec beaucoup d'argent à la clé, pour sortir le concert de St Ann's, avec toutes les nouvelles chansons. Elle m'a dit 'Je pense que ce sera mieux si on attend un peu…' Quand ils changeront d'avis, je serai peut-être mort ! Je ne sais pas. Tout n'est pas foutu, je laisse la porte ouverte.


Tanger

J'ai continué à faire mes propres disques, pour des petits labels, sans fric pour les promouvoir, ce qui est une grosse frustration pour moi. Les majors ne comprennent pas ce que je fais, ne savent pas comment me vendre. Je ne me suis jamais concentré sur un seul genre. Si tu demandes à cinq personnes de décrire ma musique, tu peux très bien obtenir cinq réponses différentes. Je suis un double gémeau, un peu schizo, j'aime tellement de choses, je ne fais aucune discrimination entre les musiques, j'aime ajouter des couleurs. C'est pour ça que j'aime jouer avec Tanger. Ils m'ont contacté par Internet, pour mon travail avec Buckley, je ne les connaissais pas. On s'est rencontré, ça a collé, j'ai produit l'album, coécrit des titres avec Philippe Pigeard, fait venir Billy Ficca (ex Television) pour jouer de la batterie. Une très belle expérience.

Improve The Shinig Hour (Knitting Factory Records)
Level The Playing Field - Early Hurly Burly 1988- 1994 (Last Call)
Street Of Lost Brothers (Tzadik)

(C) Stan Cuesta 2005

Site officiel: www.garylucas.com