ARTICLE PARU DANS ROCK & FOLK EN 1994

A l'occasion de la sortie de mon livre sur Jeff Buckley au Castor Astral et pour inaugurer cette rubrique, voici l'intégralité de l'article paru dans Rock & Folk en 1994, pour la sortie de Grace. Il est intéressant à plusieurs titres. D'abord, j'y découvrais Jeff, d'où quelques erreurs historiques (nous savons beaucoup plus de choses sur lui aujourd'hui) que j'ai conservées. Mais surtout, c'est le genre d'article que vous ne lirez plus dans la presse rock : écrit à la première personne et ne se contentant pas de retranscrire une interview et/ ou un concert,

mais essayant de brosser un tableau, plus ou moins réussi, de l'environnement. Cette tradition, héritée du 'nouveau journalisme' américain de la fin des années soixante et des années soixante-dix (et dont les fers de lance furent des magazines comme Rolling Stone et des auteurs comme le récemment suicidé Hunter Thompson) a engendré de beaux textes et certaines dérives délirantes ou parfois consternantes. C'est peut-être pour éviter celles-ci que Rock & Folk et les autres ont fini par interdire à leurs journalistes de s'exprimer à la première personne… Arguant que tout le monde n'avait pas le talent de Thompson ou de Tom Wolfe. Certes, mais moi, j'aimais bien ça. Et c'est aussi pour ça que j'avais eu envie d'écrire dans Rock & Folk. Et la fin de cette époque, que j'ai vécu, est aussi pour beaucoup dans mon désintérêt actuel pour cette presse (et donc dans ma décision d'arrêter d'y collaborer).

Dans l'avion qui m'emmène à Atlanta rencontrer Jeff Buckley, je réécoute son album, Grace. Non seulement je maintiens tout le bien que j'en ai dit le mois dernier, mais j'insiste: quel disque ! Produit par Andy Wallace, qui a entre autre à son actif Soul Asylum et Nirvana (le mix contesté de Nevermind), un sacré changement par rapport au premier EP 4 titres de Jeff enregistré live et en solo dans un bar irlandais de New York, le "Sin-é".
La trajectoire du fils du mythique Tim Buckley (mort d'une overdose en 1975) est étonnante. Il naît en 1967, alors que ses parents se séparent. Il ne verra son père qu'une seule fois, à l'âge de huit ans, sans lui parler. Enfin, sa mère et lui ne seront pas invités aux funérailles. Voilà pour ce qui est de "l'héritage". S'il y a transmission d'un don, elle est donc purement génétique. On comprend que toute référence au père soit plutôt malvenue, voire interdite. Car évidemment, les journalistes, émerveillés par cette voix si proche de "l'autre", ont eu un peu trop tendance à insister. Jusqu'au public, comme lors d'une prestation solitaire de Jeff, où une spectatrice hurla en plein silence suivant un morceau impressionnant : "Formidable ! Tu as exactement la voix de ton père !". Ça peut énerver. Malheureusement, tout cela est compliqué et on ne peut pas EVITER la question. En effet, même s'il a été élevé par son beau-père (" Il travaillait comme mécanicien dans son garage, en écoutant Led Zeppelin à fond la caisse, j'ai grandit dans cette musique. ") en Californie du Sud, sa première apparition scénique importante eut lieu à New York en avril 1991 lors d'un "Tribute to Tim Buckley" où il se rendit sans être annoncé (à sa demande), médusant l'assemblée en reprenant " I Never Asked To Be Your Mountain ". La ressemblance physique, vocale, a du donner le frisson à ceux qui avaient connu le père. Et cette chanson, justement, où il évoque sa femme et son fils... " Les poissons volants / Me parlent de mon enfant / Enveloppé de récits amers et de chagrin / Il demande juste un sourire / Il n'a jamais demandé à être sa montagne / Il n'a jamais demandé à voler / A travers ses yeux son amour revient / Lui dit de ne pas pleurer / Elle dit : "Ton vaurien de père s'est enfuit / Avec une danseuse qu'il appelle une Reine / Avec ses cartes volées, il joue / Et rit, mais jamais ne gagne" (...) / Mon doux amour, reviendras-tu / Et m'aimeras-tu un peu? / S'il te plaît prend ma main / Je suis parti trop longtemps / Maintenant je suis revenu à pour rester / S'il te plaît ne me laisse pas / De nouveau comme ça / Je t'en prie, reviens à la maison ". Troublant... Pas facile d'être le fils abandonné d'une légende et d'échapper au fantôme.
Une chanson de Jeff, " Dream Brother ", parle de son meilleur ami qu'il aime tellement qu'il aurait voulu qu'il soit son frère aîné... " C'est un musicien, constamment sur la route, les gens, les drogues, les drogues... Je me fais beaucoup de souci pour lui, beaucoup de choses ont été foutues en l'air dans sa vie... Je ne voudrais pas que ses enfants soient... comme moi ". A ce point de l'interview, je n'aurai pas le courage d'enfoncer le clou, je changerai de sujet. Là s'arrêtera l'évocation du père.
Cette première apparition publique le décida en tout cas à s'installer à New York. Auparavant, en Californie, il avait exercé une foultitude de petits boulots " dans un hôtel pendant trois ans, vendeur de vêtements, électricien, etc... ", tout en jouant de la musique depuis l'âge de treize ans, gagnant aussi sa vie comme sessionman, guitariste, choriste ou enregistrant et produisant des maquettes pour d'autres, " des copains qui faisaient des demos, qui me filaient $60 par-ci, par-là ".
A New York, il rencontre Gary Lucas, ex-guitariste de Captain Beefheart, avec qui il forme un groupe éphémère, Gods & Monsters. Ils co-écrivent deux chansons, " Mojo Pin " (ouverture de tous ses concerts et CDs à ce jour), et " Grace ", qui donne son nom à l'album. Puis de nouveau " plus de groupe, plus d'argent, j'ai commencé à jouer en solo, pour des raisons artistiques et économiques... Je jouais pour les pourboires, parfois un pourcentage sur les entrées. Et j'ai enchaîné, gigs sur gigs... ". La vieille école, sur le tas, à l'abordage, seul face aux quelques éméchés tardifs hurlant des demandes incongrues. Formateur. Et le mot se répand, il y a ce gars, tout seul avec sa Telecaster et une voix incroyable qui se produit au "Fez" ou au "Sin-é", qui mélange tous les styles, inouï. Et puis, c'est le fils de... Et pour la première fois de l'histoire de ces troquets, des limousines viennent se garer juste devant. Ce petit gars fait descendre les executive managers des majors dans un pub enfumé du Lower East Side ! Comme au bon vieux temps, quand Jac Holzman allait, sur l'autre côte, signer les Doors à la sortie du "Whisky a Gogo", ou... Tim Buckley ! Et pas n'importe qui, genre Clive Davis himself, big boss d'Arista : éconduit. Ou encore Sony, qui emporte le morceau. Jeff demande juste qu'on lui permette de tourner comme il veut, et d'enregistrer des disques comme il veut : on croit rêver. Le conte de fées. "A Star Is Born", Capra-Lubitsch-Cuckor pas morts !
La suite, c'est le EP enregistré il y a un an, puis l'album, terminé début 94 aux studios Bearsville de Woodstock. Avec groupe. Et quel groupe ! Parfaits inconnus au bataillon, Mick Grondhal à la basse (" Il n'avait jamais joué dans un groupe avant. C'est parfait. Groovy ! "), Matt Johnson à la batterie, plus Michael Tighe, dernier arrivé, à la seconde guitare. Ces gars l'ont vu jouer en solo, et sont venus lui proposer leurs services parce qu'ILS AIMAIENT CE QU'IL FAISAIT ! " C'est la seule façon de procéder. Je m'en fous qu'un gars ait 17 ans et ne sache pas jouer ". Hey, punk ? Pas loin, pas loin... L'album à peine bouclé, quoi d'autre ? Une tournée à travers les States, une date par jour. AVANT QUE L'ALBUM SOIT SORTI ? Ben oui. Ça se passe comme ça chez les Buckley.

Et le 6 août, c'est Atlanta. J'atterris. Douane : " Vous êtes en vacances ", "Euh, oui ", " Pour 2 jours ? ", " Ouais ", " Votre métier ? ", (j'hésite) " Musicien " (ne jamais dire qu'on est journaliste, ça les énerve)… " Quel instrument ? ", " Euh... de tout, enfin, je suis chanteur, enfin songwriter... ", " Ah oui, et vous chantez quoi, des berceuses (lullabies) ? ", " Des french songs ". Ce qui clôt rapidement la discussion. Arrivée à l'hôtel, partout des blancs (moches, gros, cons) et des noirs (beaux, gros, rayonnants) qui ne se mélangent JAMAIS. A la réception, un employé blanc devant lequel les blancs font la queue, et un employé noir avec, devant lui, les noirs. Et moi, évidemment, l'égaré que tout le monde regarde en coin. Tout donne l'impression que les noirs sont chez eux, gais, drôles, intelligents, cools, et que les blancs (enfin, les roses) sont coincés, apeurés, agrippés à leurs ex-prérogatives. Une sorte de fin de race qui survit dans l'angoisse. Paix à leurs âmes de gros porcs. Je rentre en contact avec the photographer, Philippe Mogane, qui vit aux USA depuis vingt ans, et à Atlanta depuis plusieurs années. Rien ne vaut un bon guide, équipé d'une super Ford noire de sport (sorry, Philippe, j'ai oublié le modèle). Quelques bières et des nouvelles du pays (i.e., la rue de Nantes), on se raconte nos vies (surtout la sienne, normal, elle est plus longue, Haight Ashbury 66 ou Open Market 72, je ne peux pas lutter...). Au retour, on écoute le CD de Jeff Buckley à fond dans la voiture en parcourant Atlanta de nuit, mon Dieu, je ne l'avais jamais écouté aussi fort, du coup, je redécouvre des trucs. Philippe a l'air d'aimer ça, il me dira le lendemain " C'est de la super musique pour tirer ". Un compliment, je suppose.
Samedi, je m'échappe, seul, à pied (un exploit, vu la taille de la ville). Underground Atlanta: le truc débile américain typique, des rues en sous-sol, sous les vraies (où il n'y a plus personne), sorte de forum de Halles à la gloire de Coca-Cola. Parce qu'Atlanta, c'est: guerre de sécession, Martin Luther King, Coca Cola. Et bientôt les jeux olympiques. Et basta. Je prends Auburn, pas un chat, quelques blacks, je serai le seul blanc pendant deux heures. Vielles baraques typiques du sud, le Martin Luther King Center, la maison où il est né, des familles blacks qui se font photographier sur le perron. J'arrive dans l'endroit "hip", Little Five Points, sorte de Haight Ashbury miniature, boutiques de sapes, de disques. Moi, c'est librairie direct, le rêve, je manque devenir fou et exploser ma carte de crédit. Je me restreins : Lester Bangs, Psychotic Reactions & Carburator Dungs d'époque (à quand une traduction française?), un inédit de Kerouac et une compilation d'articles de Rolling Stone vintage. En plus, il fait beau. Certains endroits vous donnent l'impression d'être chez vous à l'autre bout du monde...
Le soir, c'est le concert dans un club de ce même quartier, The Point, le genre d'endroit parfait qu'on meurt de ne pas avoir en France (nous, c'est Gibus ou Zénith, je schématise à peine). Cool, deux bars, des éclairages et une sono pros, une bonne ambiance, des bons groupes. Philippe me raconte qu'il y voit souvent ses potes, les Fleshtones, enflammer l'endroit. Il m'a offert le 45 tours des Stooges, I Got A Right, qu'il a produit sur son label, Siamese Records, dans les années 70. Rock'n'roll.
Minuit, Le groupe se pointe sur scène (en traversant la salle, les loges sont au-dessus du bar!), plus mine de rien, tu disparais. Jeff entonne une sorte de chant de muezzin a capella qui va durer quelques minutes: courageux. Le public s'énerve un peu et boum, c'est le début de "Mojo Pin" qui déboule. Ce mec a quelque chose dans les tripes, ça se sent. C'est lui la vedette, mais il ne se la joue pas, il magnétise. Le groupe est discret mais parfait. Les morceaux s'étirent, avec moult ruptures, variations d'intensité. La voix est magnifique, son jeu de guitare impressionnant. L'album défile, plus quelques inédits, les gens découvrent, et pourtant, c'est le succès. Comme ça, à la qualité, avec beaucoup d'émotion et de sincérité, sans esbroufe ni jeu de scène ravageur. Les yeux fermés, Jeff Buckley laisse sa voix s'envoler sur des improvisations étonnantes. En rappel, une version hallucinée, longue et violente de " Kanga- roo ", d'Alex Chilton, période Big Star. Et voilà, retraversée de la salle, détente dans les loges, on discute un petit coup. Mogane est déchaîné, il a fait ses photos (trois premières chansons, on se croirait à Bercy, heureusement, elles sont longues!), il drague tout ce qui bouge. Manque de bol, il tombe sur les deux seules lesbiennes de la boîte. L'important, c'est de participer.
Dimanche après-midi, Ritz Carlton, pour l'interview. L'ami Jeff n'a pas dormi, il est épuisé par la tournée. Il ne s'est pas changé, cette chemise caca d'oie... Barbe de trois jours. Dans ce décor luxueux-kitsch, étonnant. Ce mec est très beau, mais il fait tout pour ne pas le montrer. Pour les photos, c'est " démerdez-vous ". Pas le genre à se recoiffer nerveusement. " C'est un punk " me confirmera Mogane (qui s'y connaît). Quand j'arrive pour l'interview, il est allongé sur le sofa, les yeux fermés... Je lui annonce que son album est disque du mois dans Rock & Folk, il a l'air consterné ! "Merci... Je suppose." D'un air de dire mon pauvre vieux, vous ne savez plus quoi inventer, vous autres journalistes. J'embraye sur Édith Piaf, dont il reprend de façon étonnante " Je n'en connais pas la fin ", sur son premier EP. " J'ai les deux versions, française et américaine, le concert du Carnegie Hall, c'est sur le gros coffret de dix CDs... Je comprends cette musique. Même si ça peut être très fin, ça vient de quelqu'un qui a vécu, de la rue. Elle était si puissamment tragique. En fait, ça ne m'étonne pas que tu aimes ça aussi, tu as son style... " (Gasp ! Je ressemble à Édith Piaf ?). Côté influences musicales, on peut dire que l'éventail de Jeff est... ouvert. De Led Zep à Nusrat Fateh Ali Kahn, en passant par Charlie Mingus, Van Morrison (il reprend " Young Lovers Do ", from Astral Weeks), Benjamin Britten (un chant de Noël, sur l'album)! Difficile de coller une étiquette, après tout ça. Songwriters préférés ? " Nick Cave... James Brown. Raymond Asso... Mon Dieu, il y en a tellement! Tout ce qui possède l'âme (soul), en fait... Nina Simone (il fait une sublime version de " Lilac Wine "). Et cette version du " Hallelujah " de Léonard Cohen, connaît-il celle de John Cale ? " Et bien, en fait, je joue la version de John Cale, c'est de là que je la tiens, de ce disque, I'm Your Fan, que j'avais écouté chez un ami. Je connais aussi l'original de Leonard, mais il ne chante pas tous les couplets, la façon dont John l'interprète est si... simple ". Genre je les appelle déjà par leurs prénoms. Non, c'est sans prétention. Le gars est COOL. On parle guitares. " J'aime jouer solo et électrique. Avec l'électrique, on peut aller des Sex Pistols à... Joe Pass ". Un bon résumé, finalement. " J'ai appris à jouer tout seul, puis j'ai pris quelques cours avec un gars très branché jazz. Ca m'a enrichi au niveau harmonique, position d'accords, mais je n'ai gardé que le principal. Je cherche mes propres accords, mes propres open-tunings, pour avoir certaines tonalités qui apparaissent qu'on n'obtient pas avec un accordage standard. Des neuvièmes ou des treizièmes, sans que ça sonne comme du jazz de branleur. " Et comme il a l'oreille parfaite (de la muzak s'écoule du poste de radio, il me fait " ça c'est en fa mineur "), il désaccorde-réaccorde sa guitare à la vitesse du son, entre les morceaux. Pas comme Keith Richards qui a une guitare par accordage. " Ou Chris Cornell de Soundgarden, qui a toutes ces guitares, une par morceau, c'est incroyable... Ça et les jaguars, le strass...". Il a tourné avec eux, il les aime bien, mais on ne sent pas d'envie pour tout ce décorum. A propos, quels sont les gars d'aujourd'hui dont il se sent proche ? " Proche? Disons que j'aime bien Stereolab, Red House Painters, la la la (il cherche), come on baby! Euh... Pavement, Jesus Lizard, Melvins. " Ah bon, les lecteurs avaient peur de devoir acheter le dictionnaire du jazz... Et cette fascination pour Led Zep? Dans "Grace", les cordes me font penser à " Kashmir ". " Peut-être parce que c'est la seule fois où tu as entendu des vraies cordes sur du rock heavy... (Il chantonne le passage "indianisant") Ces sections de cuivres et de cordes arrangées par John Paul Jones... Moi je pensais plutôt à Motown. Mais on ne peut pas lutter, hein ? " Ces empreints aux gammes orientales, il a l'air d'aimer ça : " J'adore ça, la muzak indienne, ou Oum Kalsoum avec le grand orchestre égyptien derrière elle. " Sur scène, pourtant, la formation est plus ramassée. Ca ne te manque pas, un clavier ? " Si je trouvais la bonne personne, ça serait parfait. Je joue un peu de piano, aussi, oh, j'aimerais te faire écouter ces impros qu'on a faites avec le groupe, on venait de s'engueuler, et on a eu cette sorte... d'épiphanie libératrice de toute cette merde. Je jouais comme Phil Glass sous Angel Dust essayant d'être Sun Ra ou je ne sais qui. C'était formidable! " J'imagine. Alors justement, avec toute cette culture, des projets différents ? " Oui, bien sûr, mais le groupe a encore une énorme marge de manœuvre, nous évoluons sans cesse. A part écrire des chansons, j'aimerais... Ca n'arrivera sans doute jamais, mais quelqu'un m'a demandé de jouer à Lollapalooza, si ça arrivait, pour rendre la chose vraiment Lollapaloozesque, j'en ai rêvé, j'aimerais un grand orchestre qui ferait croire aux gens qu'ils sont sous un mauvais acide, une sorte de cabaret, où je chanterais des chansons de vingt minutes que personne ne connaît, et d'autres de trente secondes, des covers. " Oui, je vois. Et le succès, comment voit-il ça ? " C'est facile d'avoir du succès, ça n'a pas grand chose à voir avec la musique, mais avec le look, l'exposition médiatique... Mais bon, c'est aussi le meilleur bizness qui existe : faire plaisir aux gens dans un concert ou avec ce petit bout de plastique qu'ils écoutent chez eux. Je serai toujours musicien, je n'ai pas besoin d'avoir ma photo partout, de devenir une vedette de série, ou quoi que ce soit de ce genre. Ce que je veux, c'est toujours pouvoir jouer, en contact avec le public, dans des petits clubs. Je ne dis pas ne jamais faire de gros concerts, ça serait idiot, c'est fantastique aussi, mais pouvoir faire les deux. " En fait, la vie sur la route, il aime ça ? " Ouais. Le seul truc, si je pouvais changer, c'est la bouffe ! Qu'est-ce qu'on mange mal, aux USA, Welcome to the grease factory ! " Et bien, il n'a qu'à venir en France, ça le changera : mauvaise musique, bonne bouffe (on ne peut pas tout avoir).
On enchaîne sur la séance photo : lunatique, chapeau et tasse de café à la main, déambulant dans les couloirs du Ritz... Un bohémien, un vrai. Puis on se dit au revoir, rendez-vous à Paris le 22 septembre, pour un concert à l'Erotika. Philippe et moi sommes vidés, on va s'en jeter quelques-uns uns en compagnie de sa copine, Angie Bowie (sorry, Jérôme), qui vit à Atlanta (quelle drôle d'idée ! Il y a Elton John aussi, mais lui on ne l'invite pas). On se marre bien, elle prépare un disque, elle va venir en Europe à la rentrée. En fait, on est torchés comme des coings.
Le soleil se couche, rentré à l'hôtel, j'écoute, dans un semi-coma, une interview de Jeff sur 99X, LA radio branchée de la ville. Un auditeur appelle pour dire qu'il sonne comme Robert Plant, mais en mieux enregistré... Sacrés farceurs ! Jeff joue en direct un morceau sur sa Gibson acoustique dont il m'a parlé un quart d'heure (" Une réédition, du modèle utilisé par Robert Johnson. Avec une guitare comme ça, tu as toujours envie de jouer, c'est comme une extension de toi-même "). L'interviewer lui dit que Columbia met le paquet sur lui, qu'il est peut-être the next big thing, du moins la compagnie semble le souhaiter. Réponse : "Ah ouais, ben, ils risquent d'avoir une sacrée surprise au réveil !" Je m'endors heureux.