SINGLE : RIEN

RIEN

Single, Wanted/ EMI, 1990

Paroles et musiques : Stan Cuesta

Réalisation, enregistrement et mixage: Christophe Dupouy

Conception graphique : Pierre Bismuth
Photo : Pierre Terrasson

BIO de 1991

01 Rien
02. Tout va bien


Patrice Tison : guitares
Bernard Viguié : basse
Denis Clavaizolle : claviers
Mickael Sala : batterie

Deuxième 45 tours, totalement mythique (entendez: inconnu). Je ne sais plus pourquoi, mais il me semble que non seulement il n'a jamais été mis en vente, mais qu'il n'a carrément jamais été envoyé aux journalistes, radios et autres médias. Ah si, ça me revient: EMI fermait son label 'pseudo-indé', Wanted, qui devait sortir ce single, jeté avec l'eau du bain.
Mais l'expérience de l'enregistrement fut intéressante: j'avais décidé de travailler seul avec Christophe Dupouy, un mec super avec qui je m'entendais bien, et d'être donc plus impliqué dans la réalisation de ce disque que je ne l'avais été dans celle du premier (pas trop difficile). Seul problème, un léger malentendu : Christophe était persuadé que j'avais des idées précises sur ce que je voulais, ce qui n'étais pas le cas, tandis que j'étais persuadé qu'il avait des idées précises sur ce qu'il voulait, ce qui n'était pas le cas... Résultat, nous avons perdu du temps en studio à expérimenter avec différents musiciens. J'en garde un bon souvenir.
En fait, on a tout enregistré deux fois. La première avec des ex-Comateens (ça vous rappelle quelque chose?). Nick à la basse (charmant et relativement incompétent) et Chuck Sabo à la batterie (charmant et très compétent), qui enchaînera avec Daho et Polnareff, c'est dire... Bon, quelque chose a foiré, il a fallu tout refaire, on a pris des bons frenchies bien de chez nous, Bernard Viguié et Mika Sala, la section rythmique du Niagara de l'époque (pas ce qu'il y avait de pire dans le groupe). Et ça a roulé. Sala, promis à devenir un des meilleurs batteurs français, est devenu manager! Bernard, il roule toujours sa bosse (avec Thomas Fersen, je crois, mais il a aussi fait partie des derniers Innocents). Un gars super doué qui se pointe au studio mal réveillé, en retard et qui enquille sa partie en une prise, puis qui sort un harmonica de sa poche, qu'on lui avait probablement filé la veille et qui commence à déconner avec. Je lui dis, vas-y, on enregistre, il fait n'importe quoi, et c'est là, sur le disque, toute la fin du morceau, parfaite... Bravo mon vieux. La dernière fois que je l'ai croisé, il jouait de la guitare avec mon pote, Marten Ingle, un autre surdoué méconnu.
Denis Clavaizolle, bien sûr, c'était le clavier de Murat, ramené par Dupouy, un mec bien allumé. Je ne connaissais pas Jean-Louis Murat, je ne connaissais pas grand monde, d'ailleurs, à l'époque (ça n'a pas changé beaucoup), mais je me souviens qu'il téléphonait au studio et qu'il s'entretenait avec ses deux soldats, se demandant qui était ce Stan pour qui ils étaient en train de cachetonner... La dernière fois que j'ai vu Clavaizolle, il accompagnait Daniel Darc sur scène.

Un truc me revient, qui prouve quand même que je n'étais probablement pas fait pour la carrière populaire que me prévoyait EMI. Sur le titre "Tout Va Bien", qui est un monument de lenteur et de tristesse, on avait laissé quelques mesures vides pour un solo. Mais tout ce qu'essayait Clavaizolle était trop. Trop bon, trop virtuose, trop maîtrisé, etc. Nous (Christophe et moi), on lui suggérait des ambiences à la Talk Talk (période Spirit Of Eden, chef-d'oeuvre absolu) ou Robert Wyatt, notre obsession commune. Dépité, le pianiste a soudain laissé tomber sa tête sur le clavier. Quel génie! Bouge pas, on lui a dit, refais-le, on enregistre. Et voilà, il est là, le solo de piano de "Tout Va Bien", sinistre et bouleversant, joué du front par Clavaizolle.
Enfin, il y avait le guitariste, l'immense et regretté Patrice Tison. Un mec qui avait joué avec tout le monde, mais surtout les bons, genre Manset, Bashung ou Christophe. Vaguement intimidant, quand même... Evidemment, comme souvent, c'était le mec le plus simple et le plus adorable de la terre. On l'a fait bosser comme un chien, changer des trucs dans tous les sens, on ne savait pas ce qu'on voulait, c'était horrible. N'empêche que quand il a joué l'arpège saturé de "Tout Va Bien" à fond dans le studio, j'avais la chair de poule. Je me disais des trucs du genre: 'c'est quand même un chouette métier'. Bon, j'étais naïf, faut m'excuser.
Patrice Tison est mort il y a quelques temps. On ne peut pas dire que la nouvelle ait défrayé la chronique. Je ne le connaissais pas. J'avais juste passé deux jours avec lui en studio, un été à Paris, et écouté des milliers de fois des dizaines de disques sur lesquels il jouait. C'était un grand.

 

 

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